Coût de la vie, accident de la vie

 A cause de son travail et de l’implication qu’il déploie dans celui-ci, il n’a pas encore décidé de se ranger et collectionne les aventures et les histoires sans lendemain et sans réelle possibilité d’avenir. Mais il ne s’en plaint pas car il a encore du temps devant lui. Pour l’instant, il se contente de construire un patrimoine solide pour offrir à sa future famille un début confortable. Il possède une belle maison qu’il a su rendre originale avec des travaux qu’il a lui-même encadrés avec son équipe. Néanmoins, ces travaux ont des coûts et lui, mieux que personne les connaît parfaitement. Son capital personnel n’a pas pu lui permettre de s’offrir cette maison et encore moins les travaux qui ont été effectués. Heureusement, la réputation de Ulrich dans son domaine et la confiance de beaucoup à son égard ont ouvert très facilement, il faut le dire, le monde des crédits bancaires. Son crédit immobilier n’a été qu’une simple formalité tout comme les nombreux crédits à la consommation qu’il a pris pour s’équiper et faire les travaux qu’il souhaité. Il était tout à fait tranquille quant aux mensualités et les remboursements ; les crédits étaient un moyen efficace de posséder sa maison le plus rapidement possible et de rembourser par la suite seulement. Il ne voulait pas prendre le risque d’attendre d’avoir une somme assez conséquente avant de se permettre cet achat car remettre au lendemain, c’est risquer de ne jamais voir le projet se concrétiser. De plus, Ulrich est excellent dans la gestion des budgets, pour ainsi dire, son travaille consiste à gérer le budget des autres. Cependant, la vie est toujours imprévisible et le risque n’est jamais nul pour qu’un élément de l’équation soit erroné. C’est exactement ce qui arriva à Ulrich. Pris de migraine et de malaise à répétition, Ulrich mis ces problèmes « bénins » sur le compte de la fatigue et du stress causés par le boulot. Ces derniers temps en effet, il avait sous sa supervision un chantier très important concernant un complexe de haut standing et qu’il ne pouvait assurément pas rater. Mais bientôt, il se décide à consulter un médecin pour apprécier la situation exacte de son état de santé. Lors de cette consultation, on lui diagnostiqua plus qu’un simple état de fatigue et de stress ; effectivement, on lui diagnostiqua une tumeur au cerveau d’assez grande taille et qui semblait inquiéter beaucoup son médecin traitant. Il n’avait pas prévu, comme beaucoup de gens,  cette possibilité. Il avait eu une hygiène de vie presque irréprochable et ne comprenait pas que cela pouvait lui arriver. Mais voilà, la suffisance qu’il a toujours montrée s’est rapidement transformée en une inquiétude qui ne lui ressemble absolument pas. Son regard se vida et il semblait toujours être parti au loin bien que présent physiquement ; cette nouvelle assombrit complètement son humeur de bon vivant et il ironisait avec un certain dépit en se vantant d’être sûrement un bon mort. La nouvelle de son cancer entraîna également des problèmes financiers qu'Ulrich n’avait pas envisagés.  A la limite, il aurait pensé à un renvoi de son entreprise pour faute professionnelle par exemple, ou encore un sinistre pour sa maison mais une maladie aussi grave, il n’y avait pas pensé, et lui qui est d’un tempérament qui aime contrôler les choses, il se sentait complètement dépourvu de moyens pour se sortir de cette situation. Mais il voulait vivre ou du moins défier la vie avant de mourir, montrer que la fatalité n’a pas de pouvoir sur lui car Ulrich, c’est avant tout un homme de défi, quitte à défier la nature et la vie, ou plutôt la mort. Il se renseigna rapidement sur les meilleurs traitements contre cette tumeur, et sans avoir à se préciser, il savait alors que les coûts allaient être très importants pour pouvoir espérer guérir, alors même que sa situation était déjà dans le orange avec les crédits qu’il a pris, il entrait rapidement dans la zone rouge et commençait à figurer dans les listes noires des institutions financières. Son passé  « glorieux » ne rassurait plus les créanciers qui ne cherchaient plus qu’à récupérer au mieux leurs prêts en lui mettant encore un peu plus une pression non méritée. Ses médicaments et les séances de radiation en chimiothérapie coûtaient de plus en plus chers et pesaient de plus en plus lourd sur ses finances mensuelles d’abord, hebdomadaires ensuite, et finalement, même son quotidien devenait difficile à passer. Il avait assurément besoin d’argent, de plus d’argent. Il commençait à regretter tous ces crédits qu’il a pris pour des choses qui ne sont pas si importantes en fin de compte ; la dépression du cancéreux apparaissait peu à peu,  une dépression qui remet en cause toutes les décisions prises dans sa vie, une dépression qui le ramène à une introspection totale, d’où le regard vif et les traits tirés, pensif. Puis, la solution lui sauta aux yeux un matin ; il devait se concentrer sur les finances qui vont lui apporter la solution à sa maladie. Une chose à la fois, il se fit racheter ses crédits et négocia une rallonge des remboursements avec des mensualités vraiment réduites au maximum. Ce fut une vraie négociation difficile étant donné son état et donc le risque que la banque allait prendre. Mais le moral de Ulrich était revenu et les banquiers ne résistèrent pas à son optimisme et à son énergie. On voyait qu’il avait cette rage de vivre et de s’en sortir, et cela suffit pour convaincre ces hommes en cravate, avant même qu’il n’ait à montrer sa maison qui pouvait servir de garantie. Il réussissait à continuer le travail au niveau du chantier et avec le contrat qu’il avait obtenu sur celui-ci et les mensualités qui avaient diminué, ses finances n’avaient jamais été au plus haut. Bien sûr, tout allait en médicaments et soins en tout genre mais qu’importe car c’était bien le prix de sa vie qu’il mettait aux enchères face à la mort qu’il renchérissait toujours. Après des mois et des mois de lutte acharnée, la chimiothérapie a une fois de plus vaincue le mal de Ulrich et son cerveau ne présenta plus de tumeur mais ce fut sans conteste sa volonté qui a fait le tout avec l’aide d’une finance qui a été présente malgré son taux d’endettement précédent. Si le combat s’est mené sur la force de son cœur et de son âme, il lui fallait tout de même une armée autour de lui pour mener à bien cette guerre et sans ce rachat de crédit, cette armée n’aurait pas été là. Depuis, Ulrich recommença comme avant à rire, à vivre, à sourire à la vie et à tourner le dos à la mort qu'il avait côtoyé un bon moment.



Coût de la vie, accident de la vie

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