A cette époque, mes préoccupations étaient toutes autres! Cela faisait alors quelques temps que mes finances n'affichaient plus une très bonne mine et la mienne n'était pas fraîche non plus. Je ne sais plus trop comment, je me suis retrouvé à accuser de plus en plus de retard dans le paiement de mes mensualités de crédits. Je devais en avoir quoi, quatre ou cinq en cours ? Avec les dépenses courantes, cela commençait à peser assez, quoi ! Les appels et rappels liés aux questions de fric ont commencé à envahir mon quotidien.
Alors, en terme de préoccupations, les miennes ne pouvaient trop être tournées vers le futur, elles étaient bien immédiates du genre " Comment sortir de chez moi sans me taper systématiquement la gardienne de l'immeuble qui semble me regarder de plus en plus de travers au fil des jours ? Comment aller chercher mon pain et mon journal le matin sans avoir l'impression d'afficher " PARIA " en grosses lettres rouges sur le front ? Comment continuer d'assurer au boulot quand j'arrive à peine à dormir 4 heures par nuit ces temps derniers? ( A imaginer des scénarii chocs et des répliques implacables pour le cas où le banquier rappellerait le lendemain… pour la cinquième fois de la semaine ! ! !) Il y avait ça, mais surtout, quoi inventer pour donner le change quand on arrive à la rubrique " Petit tour de table sur la vie de tout le monde " des repas du dimanche chez Maman ? "
Oui, j'en étais bien là ! Moi, " le plus futé " de la famille, moi sacré plusieurs fois par jour " Le Plus Crâneur " de la boîte et trois années de suite " Le Plus Vendeur ", j'en étais à trembler d'appréhension devant ces événements simples du quotidien.
Mon espoir s'effilochait, ma confiance partait en lambeaux. Je n'étais plus moi, je devenais sombre, acide, agressif, renfermé, bref invivable. Je savais bien ce qui clochait, je savais d'où je tenais ces caractères insupportables que l'on ne m'a jamais connus ! Pour la première fois de ma vie, qui était pourtant loin d'avoir toujours été un fleuve tranquille, j'avais pris PEUR ! En quelques mois, j'ai compris le sens profond de l'expression " perdre le contrôle " car c'était en train de m'arriver : ces crédits que j'ai contractés ça et là, que je pensais pouvoir rembourser sans prise de tête, m'ont bel et bien rattrapé. Il fallait me rendre à l'évidence, j'étais à sec et endetté jusqu'au cou (et même au-delà !). Je ne respirais carrément plus !
En tout cas, c'est dans cet état que mon beau-frère m'a retrouvé un jour, une boîte vide et une autre entamée de cachets périmés traînant à côté d'une bouteille de liqueur! C'est en me réveillant à l'hôpital que la scène précédant le drame me revint à l'esprit. J'ai simplement décidé que je ne POUVAIS pas continuer dans ces conditions. C'est très stressant de se faire appeler à son travail, même sur son portable personnel, pour se faire rabâcher " de vive voix " le même discours qu'on vous a déjà écrit maintes fois sur des papiers aux couleurs de plus en plus criardes ! ! ! " On voulait JUSTE vous rappeler que nous devions prélever votre seizième mensualité le 15 du mois dernier mais avant-hier, la transaction n'était toujours pas possible ! ". Non, ce n'était pas JUSTE ça ! Ils étaient très loin du compte
C'était bien pire car cette formule-là, tournée avec des nuances qui me surprenaient toujours, on me la ressortait jusqu'à trois fois certains jours. Et quand Dame Malchance s'invitait dans mon ciel astral sans avoir été sonnée, j'avais en plus droit au " paternel " rappel de mon boss : " Franckie, tu te laisses aller ou c'est juste une impression ? T'en as signé moins de trois ce mois-ci, écoute ! " Ma fierté eut son coup fatal le jour où une des plus grosses affaires du mois me filait entre les doigts, à cause d'un retard de 10 minutes. Je discutais justement avec mon conseiller du trou " abyssal " qui a élu domicile dans mon compte depuis plusieurs mois ! Du coup, on a décidé que pendant quelques temps, je ne m'occuperai plus que des clients qui pèsent moins ! La mesure m'a tellement scié que j'ai cru bon de me tailler la veine !
J'aurais vraiment pu y passer mais on me l'a recousue ! Après cela, j'ai vécu assez longtemps pour réaliser que je n'étais toujours pas sorti de l'auberge et que j'y resterai même pour un bon bout encore ! Et si ça se trouve, dès que j'arriverai à pointer le plus petit bout de mon nez dehors, c'est un panier à salade qui me viendrait me cueillir ! Mais je n'avais personne vers qui me tourner. Je refusais de façon catégorique le recours à la bonne vieille famille ! Faire les choux grasses pour tous les déjeuners du dimanche jusqu'à la fin des temps ! Très peu pour moi ! Des amis, j'en avais mais de bon conseil, même pas ! En général, c'est plutôt moi qui tire des mauvais pas mais ce coup-ci, j'étais dépassé ! Je dépérissais ! Je suppose que c'est pour donner un coup de main au processus un peu lent de ma destruction que je suis passé à l'acte, la deuxième fois.
Aujourd'hui, quand j'y pense, je sais que c'était vraiment une grosse stupidité. La solution intelligente était tout près, à portée. Je me suis juste laissé submerger trop vite et j'ai cédé à l'appel du large un peu trop facilement ! Ma sacro-sainte fierté était aussi pour beaucoup à la complication de ma situation. Si je voulais seulement mettre de côté mes grands principes et cesser trois minutes d'écouter mon orgueil, je me serais épargné tout ce mal. Si j'avais accepté de me confier dès les premiers symptômes du malaise qui se déclarait dans mon budget, certaines périodes sombres de mon existence n'auraient jamais existé. Car, même si je me suis rétabli, psychologiquement et économiquement, le poids de mes erreurs vient parfois me narguer.
Néanmoins, j'ai repris goût à la vie et c'est vraiment tout ce qui compte ! Le secours m'est venu, une fois de plus, de mon beau-frère. Quand je lui ai exposé le fond de mon problème, il m'a tout de suite proposé " quelque chose " dont " je lui dirai des nouvelles " ! A la façon dont il en a parlé, ça m'a tout d'abord paru trop simple pour une galère aussi compliquée que la mienne, et donc logiquement suspect. J'ai vraiment cru un instant qu'il racontait n'importe quoi, c'était tout de même délirant comme truc !
" Suppose, m'a-t-il dit, que toi et moi, on trouve quelqu'un qui te paie tous tes arriérés, tous sans exception quel qu'en soit le montant ! Ce serait chouette, non ? Tu n'entendras plus parler de ces personnes qui t'ont mis à bout ces derniers mois ! "
Forcément ! L'idée me convenait ! Il fallait manquer d'une case pour être dans un bourbier aussi profond que le mien et refuser une telle perche ! J'ai quand même réfléchi trois secondes avant ! "Une perche ! Une occasion rare, unique même ! " Ce n'était pas la première fois qu'on me faisait miroiter ces promesses-là ! C'est même sur cette mélodie qu'a commencé ma grande aventure avec les achats à crédit qui ont viré au drame ! Mon beau-frère dit être content de voir que j'étais vraiment en bonne voie de guérison, à prendre ce genre de recul avant de m'engager !
Il m'a donc indiqué comment trouver le " quelqu'un " qui devait me sortir de là ! C'était un organisme spécialisé dans le RACHAT DE CREDIT. C'est-à-dire qu'avec un conseiller de cette boîte, nous avons fait une sorte de bilan général de ma situation, pour voir à qui j'avais des comptes à rendre et combien ? On a ensuite fait le calcul sur la base de mon revenu, qui était un peu moins consistant qu'avant. On a établi une sorte de prévisions concernant les dépenses auxquelles je devais faire face quotidiennement et après seulement, on a fixé l'échéance à laquelle je devais les rembourser. Au final, je me retrouve avec toujours une mensualité à payer mais un peu allégée par rapport à celles qui ont creusé l'abysse dans mon compte en banque. Et puis surtout, je respire tellement mieux depuis que je sais que je n'en paierai plus qu'UNE seule par mois.
Avec ces nouvelles bases et un rythme de vie plus sain, je commence à retrouver mes repères au boulot. Je crâne un peu moins qu'avant mais je fonce toujours autant dès qu'il s'agit d'accrocher un client. Mon boss avoue évidemment aimer mieux ça ! Et moi, je me sens redevenir le Monsieur tout Plein d'Energie d'avant. En plus sage, mais pour une première fois depuis longtemps, j'ose à nouveau penser à l'avenir, je me risque même à le colorer un peu, juste ce qu'il faut ! Et pour le présent, acheter mon pain et descendre chercher mon journal du matin sont devenus des plaisirs que je n'échangerais pour rien ! Ces gestes-là me rappellent que je reviens de loin, mais que je suis là, bien là !
| Coût de la vie, accident de la vie
Services rendus par le rachat de crédit
Renaud : mon expérience
Sortir un couple du surendettement
Franck,commercial, 42 ans
Marcel, 36 ans. Homme d’affaire
Annette, 63 ans. A la retraite
Violaine, assistante RH, 38 ans
Faire face à l'imprévu
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