Violaine, assistante RH, 38 ans

Il faut vraiment que le Destin soit d'une détermination sans bornes pour  être arrivé à tirer quelque chose de deux phénomènes comme Marc et moi.  Rien ne laissait présager que moi, avec mes avis très arrêtés sur l'alcoolisme et tout ce qui y ressemble, j'allais me retrouver un beau jour devant Ciel et Terre à dire ce fameux " Oui ! " .  A l'époque où le Hasard trouvait ingénieux de nous faire croiser, il sortait juste d'une cure de désintoxication. Un ménage malheureux l'a fait peu à peu sombré dans l'alcool.
On a lié connaissance dans la salle d'attente d'un cabinet en ville où j'emmenais ma fille, mal remise de mon divorce d'avec mon premier mari. Au fil des séances que les circonstances voulaient faire coïncider les deux mêmes jours de la semaine, on a fini par s'adresser la parole. Enfin, lui surtout, car dès la minute où j'ai appris pourquoi il venait là, je n'avais qu'une envie, en finir au plus vite avec le traitement de mon enfant, histoire de ne plus l'avoir dans mon champ de vision. Mais le Destin, maître incontesté des cérémonies, voyait le tout d'un autre oeil !
Enfin bref, je ne sais plus à quel moment ni même pourquoi, je me suis retrouvée à lui dire des gentillesses que je ne me savais même pas capable et 8 mois après, on était mariés.
Ma fille adulait son nouveau papa qui cajolait pas mal non plus la maman qui le lui rendait bien. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et l'attente d'un premier enfant commun finit de parachever notre petit bonheur. Cet événement nous a décidé pour de bon à emménager dans la vieille maison en banlieue héritée de sa marraine qu'il a quelque peu préféré laisser là où elle était : trop loin du boulot, un coin trop tranquille…
Cela faisait bien quelque cinq ans que la propriété était à l'abandon. Une sérieuse campagne de remise en état s'imposait. Mais l'arrivée du bébé ne nous permettait pas trop de folies côté finances. Donc on a décidé de souscrire un crédit pour les travaux. La maison prit peu à peu l'allure qu'on lui imaginait. La petite s'épanouissait, mon mari s'habitua plus vite que prévu au nouveau rythme du trajet et j'étais vraiment sereine dans l'attente du grand événement. Bref, tout le monde y a finalement trouvé son compte. Le bébé est arrivé à l'automne.
A Noël, on est tombé sur des offres vraiment intéressantes alors on s'est dit qu'à " nouvelle maison ", nouveaux mobiliers, on a décidé, presque sur un coup de tête de redécorer  totalement le salon et de moderniser la cuisine. La maison proposait d'autant plus des facilités de paiement. On a souscrit. C'était à la hauteur de nos possibilités, puisqu' on nous donnait jusqu'à 36 mois pour payer.
Les prélèvements de nos mensualités allaient bon train. D'accord, il y avait des petits passages à vide, lors des rentrées scolaires, par exemple, mais ça allait. Et puis, un beau jour, fracas ! Personne n'a rien vu venir, la boîte où mon mari travaillait annonça pratiquement du jour au lendemain qu'elle fermait boutique ! C'est ce qu'il me fit croire en fait, il avouera plus tard que la rumeur a circulé depuis plus longtemps parmi le personnel. Bon bref, on l'a remercié, lui aussi !
 Les ennuis ont commencé. Il a tout de suite réagi et a planifié une recherche méticuleuse pour trouver une autre situation mais son âge et un profil plutôt classique ne plaidaient pas trop en sa faveur. Ses consultations traînaient et on ne voyait rien venir. Il fallait cette fois-ci sérieusement grappiller sur les dépenses. J'ai commencé à réaliser qu'on était dans une vraie mauvaise passe quand il a fallu annuler jusqu'à l'abonnement aux magazines ! ! !
 Le stress aidant, l'ambiance familiale commençait à ternir tout à l'image de l'hiver qui pointait. Un rien me mettait hors de moi, tout semblait aller de travers même à mon propre travail qui m'a longtemps porté satisfaction. Et comble de tout, j'ai remarqué que mon mari avait une haleine bizarre certains jours. Il a recommencé à boire. Je me disais " tout sauf ça ! et pas maintenant quand même ! ". Mais cela empirait ! Dans mon camp, la tension montait en flèche, les mots blessants fusaient, je lui ai mis tous nos problèmes sur le dos et cela n'arrangeait rien. Bref, à un moment, on en était arrivé à envisager sérieusement que chacun aille de son côté, ne serait-ce que provisoirement. Je me suis du coup rappelé avoir entendu ces mêmes mots quelques temps avant mon premier divorce. Je refusais de me rendre, pas cette fois encore !
Alors, j'en ai parlé à ma confidente au bureau. Et elle me sauva, nous sauva ! Elle m'a montré sur Internet un site spécialisé dans le rachat de crédit. Je n'osais pas trop croire à ce qu'il proposait car cela paraissait tout bonnement irréaliste. Selon ce qui y était dit, ils allaient littéralement payer en notre nom tout ce que nous devions et pour les travaux et les équipements. On allait regrouper pour nous ces deux crédits en un avec la possibilité de diminuer la mensualité à payer. C'est sûr, cela promettait ! Je croyais mal comprendre en lisant qu'en plus ils proposaient de tailler l'échéance de paiement à l'exacte mesure de nos possibilités. Tout était trop beau pour que je n'y voie pas une arnaque de plus mais… J'étais trop désespérée pour laisser passer des opportunités. J'ai retenu le nom du site et l'ai rouvert une fois chez moi. J'ai simulé notre dossier et mes yeux étaient ronds de surprise quand j'ai vu ce que cela donnait. Nos mensualités étaient pratiquement réduites de moitié. J'ai encore beaucoup hésité mais ai finalement décidé de mettre mon mari au parfum. Nous avons convenu ensemble que c'était notre chance.
 Cela fait maintenant seize mois que nous avons fait racheter nos crédits et on n'a vraiment aucun regret. Notre budget s'est assez vite stabilisé, On n'est plus trop obligé de se serrer la ceinture mais on se maintient à un niveau de dépenses raisonnables. Les enfants grandissent bien. Avec l'économie que nous a permis la différence sur les mensualités, on va pouvoir les emmener à la mer l'été prochain. Mais déjà, le soleil est revenu dans notre foyer !



Coût de la vie, accident de la vie

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Violaine, assistante RH, 38 ans

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